Du grand mystère à la grande lucidité 

L’âge de raison nous vient très tôt. Vers 7 ou 8 ans nous commençons à classer le monde en grandes catégories et il peut nous arriver de penser : « Je sais ! Je sais ! » Cette partie-là de nous ne va jamais disparaître. Elle va grandir, à l’école, au collège, au lycée, à l’université, dans nos professions, surtout si elles sont intellectuelles. C’est notre partie claire, lumineuse, rationnelle, et aussi simplificatrice – réduire le complexe en ses plus simples éléments est la clé première des sciences, qui parviennent ainsi à bâtir des mondes. Face aux mystères indicibles de la vie, cette partie de nous reste de marbre et pense : « Un jour, nous saurons ! » Cette certitude pose la volonté comme vertu première – non sans courage, car chaque question résolue en soulève aussitôt dix nouvelles. Mais plutôt que d’échafauder des hypothèses « superstitieuses » sur l’au-delà du visible et du palpable, elle se lance à elle-même le défi de tout expliquer à partir de ce que nous tenons pour absolument sûr. Et puis vient l’imprévu, l’accident, l’amour, la mort, l’émerveillement, la souffrance, l’extase… la vie. Alors se réveille une autre partie de nous. Une partie qui nous relie à la petite enfance, quand tout était magique. Contrairement à ce que nous avons pu croire, cette partie-là n’avait pas disparu. Nous nous en rendons compte à l’occasion d’une crise qui ébranle nos certitudes, mais aussi lorsque l’esprit d’aventure nous pousse à explorer l’au-delà de nos zones de confort, pour nous faire vivre des expériences auxquelles nous ne nous attentions pas. Des expériences inouïes qu’aucune science ne saurait réduire à des éléments rationnels. Des expériences qui échappent aux mots et que seules des mythologies peuvent exprimer, comme des danses autour du vide. Et alors il peut nous arriver de comprendre ce que de très anciennes traditions ont voulu dire. Nous nous étions peut-être moqués d’elles, et voilà qu’un Eureka intérieur nous fait nous en sentir proche, reliés à un tout infiniment plus grand que nous.

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