Que dire aux enfants si tout s’effondre ? 

Voilà un demi-siècle que les faits le démontrent de façon de plus en plus manifeste : notre formidable civilisation est un colosse aux pieds d’argile. Pour des raisons à la fois énergétiques, écologiques, climatiques, économiques et démographiques (et donc culturelles, philosophiques et politiques), notre modèle avance à grande vitesse vers son effondrement. Il ne s’agit plus d’une métaphore, mais de faits réels. Ce ne sera pas la fin du monde, mais la fin de notre monde et rien ne permet de penser que cet effondrement se fera sans dégâts considérables.
D’où la surprise du lecteur contemporain quand il rencontre les « collapsologues », inventeurs d’une nouvelle science : celle de l’effondrement. Venant de diverses disciplines (biologie, écologie, économie, sociologie), ces scientifiques encore jeunes regardent calmement les faits, les prospectives pessimistes et les courbes folles… et cela ne les anéantit pas. La première impression qu’ils vous donnent rappelle les surfeurs habitués à glisser sur des vagues géantes. Une vague gigantesque va déferler sur le monde actuel. Ont-ils peur ? Non, ils se demandent tranquillement comment surfer dessus. Ils étudient le phénomène « effondrement » (en anglais collapse) comme ils étudieraient la dérive des continents, les éruptions solaires, ou la disparition des civilisations anciennes… sauf qu’ils savent très bien que c’est affolant. Et ils travaillent justement sur cet affolement. Ayant intégré les grandes leçons du zen et de la psychologie positive, ils regardent le pire en face et savent traverser les émotions considérables que cela provoque.
Les collapsologues devenus collapsosophes ne sont curieusement pas effondrés de terreur. Et quand ils sont parents et que vous leur demandez s’ils n’ont pas terriblement peur pour leurs enfants, puisque ceux-ci vont, à coup sûr, vivre une époque de bouleversements majeurs, ils vous répondent que non. Que ces enfants sont déjà habitués à cette idée. Que d’autres civilisations se sont déjà effondrées et que, non seulement cela n’a pas mis fin à l’aventure humaine, mais que celle-ci s’est trouvée contrainte de se réinventer. Bien sûr, tout dépend des messages que l’on transmet à ses enfants. Le cœur de la question palpite peut-être là !

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